ma Bourgogne natale

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ma Bourgogne natale

Message  dilan le Jeu 27 Oct 2011, 16:21

Henri Vincenot : le chantre de la Bourgogne.




Un écrivain du terroir : cette expression fleure bon l’homme vivant dans un paysage qui lui est cher et familier, un homme fier de sa terre natale, ancré dans des traditions régionales anciennes. On n’évoquera pas ici le terme de folklore, trop vulgarisé à mon goût depuis quelques temps. Faut-il alors parler d’une littérature régionaliste quand on parcourt les livres de Vincenot, de Giono, de Van der Mersch ou encore La Varende ? Oui, certainement, car ce genre très particulier du roman régionaliste (notons au passage que le terme de régionaliste cristallise déjà l’idée d’un militantisme sous-jacent) puise son inspiration essentielle dans l’amour d’un terroir et érige la Nature non comme un décor mais comme un personnage à part entière. Précisons cette idée : ce type de roman impose l’écrivain comme le chantre d’une province française, en réaction contre la suprématie parisienne. C’est ainsi qu’Alphonse de Chateaubriant reçut en 1911 un Prix Goncourt pour Monsieur de Lourdines où l’histoire d’un hobereau campagnard du XIX ème siècle n’est que le prétexte à l’évocation du bocage vendéen. La littérature régionaliste est donc militante par nature ; elle constitue un acte de foi.

Intéressons-nous aujourd’hui au chantre de la Bourgogne que fut Henri Vincenot. Dès sa plus tendre enfance, l’écrivain est attaché à la région de Châteauneuf, dans les monts de Bourgogne d’où sa famille est originaire. Diplômé des Hautes Etudes Commerciales, il collabore à la revue La vie du Rail en tant que rédacteur. Puis, il se lance dans l’aventure de l’écriture et ses ouvrages historiques sur la vie du rail et sur la Bourgogne au temps de Lamartine rencontrent un succès notoire. Dans tous ses romans, sa Bourgogne natale est présente , mais jamais, elle ne le fut autant , jusqu’à La Billebaude, que dans Le Pape des Escargots. Vincenot le proclame lui-même dans son épitaphe de La Billebaude :
« Celui qui va conter cette histoire veut s’effacer absolument derrière ses personnages, qui sont, tout bonnement, la campagne bourguignonne et l’Homme bourguignon. Ce sont eux qui respirent, frémissent, murmurent dans ce témoignage tout chaud que vous pouvez tout aussi bien lire comme un roman…C’est votre affaire. »



Personnage plein de verve, à la silhouette pittoresque, avec son costume de velours côtelé et son gilet brodé, Vincenot est bel et bien un Bourguignon de race et d’âme. Le Pape des Escargots retrace la rencontre d’un truculent vagabond prophète surnommé La Gazette avec un jeune sculpteur inspiré Gilbert. Tandis que La Gazette entraîne le lecteur sur les hauts lieux de la Bourgogne, Gilbert déçu par son bref passage à Paris, regagne la terre de ses origines et apprend, grâce à son imprévisible compagnon, à déchiffrer le symbolisme secret des grands sanctuaires bourguignons. Cette œuvre est baignée d’un « parler » caractéristique, d’un patois certain. Cela semble indispensable à l’affirmation de la personnalité d’un terroir dans la littérature régionaliste. L’emploi du dialecte conviendrait alors à l’œuvre authentiquement régionaliste. L’idiome local serait ainsi un certificat d’authenticité qui déterminerait l’appartenance d’une œuvre au genre régionaliste. Faut-il pour autant en abuser ? C’est un lourd débat. En tout cas, Henri Vincenot trouve un agréable compromis en créant une langue pimentée de termes dialectaux (d’où le lexique à la fin du livre) pour vagabonder à travers ses souvenirs de jeunesse.



Dans La Billebaude, il dépeint sa région et évoque avec tendresse et nostalgie la vie rude et simple de ses grands-parents, sous un climat dur dans un hameau presque perdu :
« Quand passait un attelage de charrue, il me disait :
- Tu vois cet équipage ? Et bien, tu as un grand-père à chaque bout ! Et c’était vrai : devant, le grand-père bourrelier avec les harnais, les traits, et, derrière, le forgeron avec le coutre et le soc !Oui !Un grand-père à chaque bout, et , tous les deux, nimbés de l’aura du cheval ! L’Aristocratie terrienne, quoi ! Une aristocratie forte en gueule, furieusement endogame et fermée, fidèle à sa mission depuis La Tène, probablement, ou peut-être avant, et qui, tout d’un coup, semblait vouloir se démettre. » Evocation récurrente de la vie rurale, observation des mœurs paysannes : voilà une écriture emplie d’une sagesse toute terrienne où il nous semble impossible d’échapper à la magie de ce conteur hors-pair. Une constante majeure dans tout l’œuvre de Vincenot est celle du désir d’enracinement : un enracinement né dans les fermes en général où les travaux des champs symbolisent la sédentarité. De plus, ses héros se veulent des pourfendeurs de l’injustice, des défenseurs des faibles et des amateurs de liberté. Ils sont en conflit avec un ordre établi, représenté par un groupe social particulier ; cela va de la famille bourgeoise et provinciale au clergé dévot et pharisien (d’où d’ailleurs une critique omniprésente et acerbe d’un certain clergé).



Merci à vous, puissant romancier, de nous faire partager vos rencontres avec vos personnages, ces êtres de papier qui « viennent quelquefois de très près, d’hier- d’autres fois de très loin et du fond des temps… » ! Merci à vous de nous faire revivre ces souvenirs d’enfance où l’on sent poindre cette nostalgie toute sincère de la vie rustique d’antan ! « Oui, c’est bien là le père de mon enfance, guignol et tendre, grave et rigolo, sincère et cabotin, sachant toujours nous faire rire et penser avec des souvenirs ineffables, des histoires abracadabrantes et des gauloiseries honnêtement salées. », disait Claudine Vincenot en rendant hommage à son père. En définitive, saluons bien bas cette écriture militante, ce qui explique sûrement le peu d’échos qu’elle suscite dans une société où le message dominant est encore pour l’instant la seule incitation à la consommation et laissons le dernier mot au chantre :
« Dans une sorte de rêve, cela se situe toujours au petit jour, entre sommeil et réveil, je suis ce Jehan le Tonnerre que j’ai accueilli en moi, un jour alors que, du haut de la « friche aux Moines » je regardais dans la petite vallée de l’Arvault la croix celtique qui se détachait, claire sur le velours vert de la forêt, au pinacle de l’abside de la très vieille église abbatiale de Labussière, construite par Saint Bernard, dans la montagne bourguignonne. »

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Re: ma Bourgogne natale

Message  Nandy le Jeu 27 Oct 2011, 16:42

:j\'tévu: et j'ai tout lu... parler de son ""berceau"" paysager qui mieux placé que le chantre lui même... envie de lire le pape des escargots... de bourgogne... :abig:

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Re: ma Bourgogne natale

Message  dilan le Jeu 27 Oct 2011, 17:31

tu as tout lu !!! bravo Nandy .


un grand monsieur cet Henri . :okiii:
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